Sur l'amour, le deuil et l'art du vol
- NETTE

- 11 nov. 2025
- 3 min de lecture
Arts de Nette, Tim Flach et Björn Keller
Je viens de lire l'histoire de quelqu'un qui a failli tomber amoureux. Peut-on vraiment frôler l'amour ? Je repense aux garçons que je fréquentais il y a longtemps, ceux qui me disaient : « On pourrait tomber amoureux de toi. » Mais pour moi, soit on tombe amoureux, soit on ne l'est pas. Le garde du corps, lui, était clair : il était amoureux et sûr de lui. J'ai été instantanément emportée, foudroyée. Cet amour, au fil des années, s'est renforcé, a tissé des liens profonds.
Et je l'entends encore quand je m'égare comme maintenant : « Nette, tu dois te concentrer sur ton objectif, ton but et ta vision. Tu es partout à la fois ! »
Pourquoi écrire ici ? Peut-être parce que la nourriture et l'art ont toujours été des vecteurs de paix, des moyens de rassembler les gens, du moins à l'époque où l'on communiquait encore. Le but ? Tenter de mettre des mots sur le chagrin, cette douleur soudaine, comme si l'on avait perdu un membre. Et en même temps, essayer de décrire l'art. Le principe, mon cher Garde du corps, c'est de « s'en tenir à l'art et à la protection ». C'est là que j'échoue toujours, car il y a un anarchiste qui sommeille en moi.
Mais revenons-en aux oiseaux. Il y a quelques jours, j'étais allongé sur la terrasse quand j'ai aperçu au loin un oiseau immense, si près que j'en ressentais la puissance. Un aigle, sans aucun doute le plus grand de France. Majestueusement, il a plané sans battre des ailes. Juste derrière lui, 28 autres suivaient, planant dans la même direction. Je n'avais jamais rien vu de pareil. Un signe, me suis-je dit. Peut-être que le beau Bengt (mon garde du corps) voulait simplement se faire remarquer, et que ses nouveaux admirateurs le suivaient.
Il y a quelques mois, une amie du village m'a demandé de l'aide pour un martinet blessé. Il s'était cogné contre un mur et avait été mordu par un chat. Ensanglanté, ébouriffé, mais vivant. Je l'ai placé dans une boîte en carton avec un petit bol d'eau. Le lendemain matin, il semblait plus vif, alors je l'ai emmené sur la terrasse, pensant qu'il pourrait s'envoler quand il le voudrait. Il a couru partout pendant deux jours, jusqu'à ce que je lise que les martinets peuvent rarement s'envoler seuls. Alors je l'ai pris, j'ai fait un mouvement rapide des bras vers le bas, et il s'est envolé ! J'aurais aimé qu'il revienne me remercier. Ce ne fut pas le cas. Mais c'était une belle journée.
Deux de mes photographes préférés, Tim Flach et Björn Keller, ont consacré leur vie à photographier, entre autres, les oiseaux, et leur talent est unique. Flach nous permet de nous reconnaître dans la personnalité des oiseaux. Ils nous parlent, presque bavardent, de la journée écoulée. Keller, quant à lui, nous laisse entrevoir le mystère, le domaine de la mort, à travers ses images de crânes d'oiseaux. D'une beauté saisissante, un rappel silencieux de notre relation à la nature et à la vie elle-même.
Pourquoi cette fascination pour les oiseaux ? Franchement, je n’en sais rien, car je ne connais presque rien à leur sujet. Mais chez moi, ils sont partout : peints sur les murs, sculptés dans des boîtes ou des sculptures.
L'oiseau est comme le poète de l'évolution, un corps façonné par les lois de la physique, mais porté par le rêve de les défier. À chaque battement d'ailes se mêlent calcul et miracle. Il voyage entre les mondes. Tandis que nous comptons les heures et les destinations, il suit les champs magnétiques et les étoiles. Son vol est un langage sans mots, et pourtant suffisamment logique pour traverser mers et continents.
Vous voyez, on est amoureux d'eux. Pas presque.









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