L'avantage de vieillir
- Marie

- 11 nov. 2025
- 5 min de lecture

On parle tellement du vieillissement comme d'un fléau qu'il faut combattre. Il faudrait « rester jeune », « rester frais », et surtout faire comme si le temps n'avait aucune emprise sur nous. Mais peut-être que vieillir est en réalité notre plus grande liberté. Car à un moment donné, une libération s'opère. Elle arrive discrètement, à peu près au moment où l'on se met à lire l'étiquette du shampoing les bras grands ouverts. C'est alors qu'on réalise soudain qu'on s'en fiche complètement. Et je ne parle pas de cette insouciance juvénile, de ce « bof ». Non, je parle de cette indifférence profonde et mature. Celle qui survient après des années à essayer de plaire à tout le monde, et qui finit par dire : « Tu sais quoi ? Ça suffit. » C'est un soulagement unique. On cesse de s'en soucier. Pour de vrai.
Quand tu étais plus jeune, tu te souciais de tellement de choses. De ce que les gens pensaient, de ton apparence, de savoir si tu étais bien habillé(e), si tu avais le bon café à la main. Maintenant ? Tu bois le café que tu aimes, de préférence dans un endroit tranquille, et sans le poster sur Instagram. Et si quelqu'un te trouve un peu vieux jeu, un peu ennuyeux ou un peu excessif… eh bien, tant pis pour lui. Je n'ai plus besoin de faire semblant que tout est amusant. Je ne suis plus les tendances sur les réseaux sociaux. Je ne comprends pas tous ces abréviations à la mode ni pourquoi quelqu'un danse pendant 15 secondes sur une musique qui ressemble au bourdonnement d'une mouche sur TikTok. Et je ne vais pas chercher sur Google non plus. Tu n'as même plus besoin de faire semblant. Tu peux juste dire : « Je ne comprends pas, et je m'en fiche. » Et c'est comme plonger dans un bain de liberté.
On apprend à apprécier les choses simples. Un déjeuner modeste dans notre petit restaurant de village vaut bien plus qu'un brunch branché avec toasts à l'avocat et lattes pailletés. Une soirée tranquille à la maison, sur le canapé, sous une couverture, devant une émission qu'on a peut-être déjà vue, voilà le vrai luxe. Plus besoin de prouver qu'on mène une vie palpitante. On le sait, à sa façon.
On pourrait croire que vieillir, c'est perdre des choses : de l'énergie, de la beauté, des souvenirs. Mais je pense qu'il s'agit plutôt de se libérer de ce dont on n'a plus besoin. Comme le stress. Et les talons hauts, les tendances, et les gens qui ont toujours besoin d'avoir raison. Un autre bienfait de l'âge, c'est qu'on commence enfin à comprendre le temps. Plus jeune, on pensait que le temps était quelque chose qu'on pouvait économiser, poursuivre, ou rattraper. Maintenant, on sait : le temps est quelque chose qu'on utilise. Et la meilleure façon de l'utiliser, c'est de ne pas le laisser filer. Il y a quelque chose de presque poétique dans la façon dont le temps, cette chose qu'on fuyait autrefois, finit par devenir notre meilleur ami. J'ai cessé de le poursuivre et j'ai commencé à l'inviter. « Assieds-toi, temps », je lui dis. « Prends un café avec moi. On a tout notre temps. » Quand on cesse de courir après le temps, on commence à l'utiliser pleinement. Je dis plus souvent « oui » aux personnes que j'aime et « non » aux choses qui me semblent être de simples obligations. J'ai compris qu'un « non » peut être un acte d'amour-propre.
J'ai complètement arrêté de faire semblant d'apprécier les grands dîners avec de « simples connaissances ». Je préfère de loin un long déjeuner avec un bon ami, accompagné d'un verre de vin (un peu trop). Vieillir, c'est comprendre la différence entre être occupé et vivre pleinement. L'âge a cette étrange capacité à éliminer le superflu. On réalise que la plupart de nos sources de stress n'étaient… que du bruit. C'est comme passer d'un concert assourdissant au calme d'un lac. On s'entend enfin à nouveau. Et cette voix intérieure est plus sage maintenant. Elle dit des choses comme : « Tout ira bien. » « Ce n'est pas si important. » Et on comprend que le petit mot « pardon » a un pouvoir bien plus grand et apaisant qu'on ne le pensait. Il peut faire la différence entre l'amitié et le conflit. Partout dans le monde.
Quand on est plus jeune, la vie consiste à suivre le rythme. Construire une carrière, faire du sport, être sociable, ambitieux, impressionner. Il y a quelque chose de beau à lâcher prise sur la réussite, à réaliser que la vie n'a pas besoin d'être parfaite pour être merveilleuse. Elle peut être un peu ridée, un peu bancale, parfois un peu trop intense. C'est là que réside le charme. Dans les imperfections, dans les moments authentiques, dans ce qui est simplement. Alors non, je ne regrette pas cette époque. Je ne regrette pas d'être jeune, perdue, stressée, à courir après quelque chose de mieux. Et en fait, le temps ne me semble plus filer. Il s'enrichit. Il gagne en saveur. Comme un vin qui a trop vieilli, mais qui n'en est que meilleur.
Certes, le corps est peut-être un peu plus lent, et la mémoire un peu plus floue. Le corps ne veut pas toujours ce que l'esprit désire. Mais il n'est plus un adversaire à combattre. C'est un fidèle compagnon. Il vous a accompagné à travers tant d'épreuves : joies, peines, amours, déménagements, enfants, espoirs, pertes. Et il est toujours là. Un peu chancelant, certes, mais d'un courage inébranlable. Et l'humeur est souvent meilleure. Vous savez ce qui compte. Et ce ne sont pas les rides. Ce n'est pas le statut social. Ce n'est pas le regard des autres. Ce sont les moments.
Alors célébrons le vieillissement, ce processus lent et sage qui nous apprend à vivre pleinement. C'est le moment où l'on peut être à la fois sage et espiègle, calme et vibrant, réfléchi et libre. Et peut-être, qui sait, est-ce là que la vie est à son apogée, quand on a le temps d'en profiter, le courage de rire et la sagesse de savoir qu'elle nous suffit amplement. On a appris, trébuché, aimé, échoué et on s'est relevé. On sait ce qu'on peut gérer et ce qui ne mérite pas notre énergie. Et le plus beau, en vieillissant, c'est peut-être qu'on cesse d'essayer d'être quelqu'un d'autre. On devient soi-même, tout simplement. On dit « non, merci » à ce qui ne nous convient pas, sans s'excuser. On dit « oui » à ce qui nous rend heureux, sans trop réfléchir. Même notre humour évolue. Il devient plus doux, mais aussi plus incisif. On rit davantage des autres, de la vie, de soi-même. Car, honnêtement, si l'on n'arrive plus à rire de soi-même, c'est qu'on est passé à côté de l'essentiel. Non, vieillir ne nous vole pas notre jeunesse. Au contraire, cela nous apporte la paix. C'est en cessant de courir après la vie qu'on commence enfin à la vivre.
Alors la prochaine fois que vous verrez une ride dans le miroir, souriez-lui. Ce n'est pas un signe de vieillesse, c'est le souvenir d'une vie vécue, de rires, de larmes, d'amours, et d'une journée de plus passée. Et si quelqu'un vous dit de « rester jeune », répondez simplement : « Vieillir ne me dérange pas. Après tout, c'est la seule façon de continuer à vivre. »
« Il y a quelque chose de particulier dans la lumière ici, dans le sud de la France. En automne, elle est plus douce et plus lente, comme si le soleil, lui aussi, avait vieilli et appris à prendre son temps. Assise en terrasse avec mon thé du matin, j'écoute le village s'éveiller et je me dis… la vie, après tout, s'est plutôt bien déroulée. Pas parfaite, certes, mais suffisamment bien. »



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